Afrique One, dans le cadre du projet GAVI-PEP-PEV, a franchi une étape importante : la mise à disposition gratuite des vaccins antirabiques. Le projet GAVI-PEP-PEV vise à encourager les communautés à s’approprier les mesures de prévention et de lutte contre la rage. Taabo et Bouaké sont les villes de Côte d’Ivoire choisies pour la phase pilote du projet.
Co-constructions de la sensibilisation : identifier ensemble les problèmes
Le 26 septembre 2025, Afrique One et ses partenaires réunissaient à Taabo, agents de santé, vétérinaires, parents, enseignants, leaders communautaires et représentants du Ministère de la Santé. L’objectif n’était pas de livrer un message déjà fait, mais de co-créer, avec les habitants eux-mêmes, une stratégie d’engagement communautaire adaptée à leur réalité.
La méthode utilisée — le Design Centré sur l’Humain (DCH) — place les populations au centre de la solution. Elle reconnaît que les meilleures réponses à un problème de santé publique émergent de ceux qui le vivent au quotidien. À Taabo, les participants ont identifié les barrières qui empêchent les victimes de morsures de se rendre rapidement en centre de santé. Ce sont : la méconnaissance de la maladie, la distance des structures de soins, l’absence de signalement et les croyances locales.

Dans la sensibilisation, il faut donner une part plus active à la population. Informer, consulter, impliquer, collaborer — et l’étape la plus profonde, c’est l’autonomisation. Dans la sensibilisation, il faut donner une part plus active à la population. Informer, consulter, impliquer, collaborer — et l’étape la plus profonde, c’est l’autonomisation.
- Dr Kathrin Heitz-Tokpa, Program manager, Afrique One.
Cet atelier a posé les bases d’un plan d’action préliminaire, concrétisé lors du deuxième atelier à Bouaké deux mois plus tard.
Ainsi, le 15 novembre 2025, Bouaké accueillait le deuxième atelier de co-création. Cinq quartiers de la ville étaient représentés : Ahougnansou, Municipale, Dar-es-Salam, Cité CIDT et Adjé Yaokro. Aux côtés des professionnels de l’Institut National d’Hygiène Publique (INHP) et de la Direction des Services Vétérinaires (DSV), des jeunes, des enfants et des leaders communautaires se sont rassemblés. Au menu de cette rencontre :
- Une séance de sensibilisation sur la rage, animée par l’équipe.
- Des travaux de groupe pour identifier les freins liés à l’utilisation post-morsure et proposer des solutions concrètes.
- La co-création d’une pièce de théâtre : les participants ont répondu en présentant un sketch, accompagné d’un metteur en scène.
Innovation sociale : le théâtre comme outil de santé publique. Construire ensemble des outils de sensibilisation
L’art et l’humour par le théâtre ne sont plus des accessoires mais des outils cliniques pour garantir la fin du PPE.
L’objectif majeur de cette initiative est de maximiser le taux de complétion de la Prophylaxie Post-Exposition (PEP) en s’appuyant sur une appropriation culturelle et locale profonde. Pour remédier à la faible assiduité des patients, souvent causée par une perception insuffisante des risques et un manque d’ancrage social des messages de santé, la stratégie opère une rupture avec les méthodes descendantes traditionnelles au profit d’une co-construction directe avec les populations. En utilisant des leviers ludo-éducatifs innovants tels que l’humour, l’art et le théâtre social, le programme parvient à dé-stigmatiser le soin et à faciliter la mémorisation des protocoles. Cette approche transforme la perception du traitement, faisant passer le PEP d’une simple contrainte médicale à une responsabilité communautaire partagée, et fait actuellement l’objet d’une phase pilote dans deux zones tests pour en évaluer l’impact sur le changement durable des comportements.
Les habitants de Bouaké ont identifié des scènes du quotidien, – une morsure de chien dans la rue, le rôle d’un voisin informé — pour monter une pièce théâtrale avec l’aide d’un metteur en scène afin de montrer ce qu’il faut faire en cas d’exposition. La pièce théâtrale est intégrée à la stratégie d’engagement communautaire et jouée dans les quartiers de Bouaké et de Taabo en même temps que le déploiement du vaccin anti-rabique.
Les communautés ont également formulé des propositions innovantes : création d’une plateforme d’alerte pour signaler les morsures, désignation de points focaux de quartier, utilisation des groupes WhatsApp pour diffuser des messages clés et gratuité du vaccin pour les enfants.
Rendre disponible le vaccin pour les hommes et pour les animaux

La sensibilisation ne suffit pas si le vaccin n’est pas disponible. C’est cette conviction qui a guidé l’atelier technique des 12 et 13 décembre 2025 à Taabo, dernier maillon du projet GAVI-PEP-PEV. L’objectif : intégrer la PPE contre la rage dans le Programme Élargi de Vaccination (PEV) — le programme national qui assure depuis 1978 la distribution gratuite des vaccins à travers tout le pays.
Facilité par le Professeur Bassirou Bonfoh, Directeur d’Afrique One, l’atelier a réuni l’INHP, la DSV, les points focaux du PEV du District sanitaire de Taabo, des représentants de l’hôpital de Taabo, des médecins, chercheurs et agents de santé communautaire (ASC).
Ensemble, ils ont tracé une feuille de route opérationnelle et consensuelle pour rapprocher le vaccin antirabique des populations.