Bassirou Bonfoh, Directeur d’Afrique One, facilitateur de la validation
Face à la recrudescence des maladies à transmission vectorielle exacerbées par le changement climatique, le Centre d’Entomologie Médicale et Vétérinaire (CEMV) de l’Université Alassane Ouattara (UAO) de Bouaké, en partenariat avec le Centre Suisse de Recherches Scientifiques en Côte d’Ivoire (CSRS) et la Plateforme Une Seule Santé de Côte d’Ivoire (PLUSS) franchit un cap décisif. Réunis en atelier de validation, experts académiques et partenaires institutionnels entérinent la maquette d’un nouveau parcours de Master « Une Seule Santé ». Une réponse opérationnelle directe à un vide académique national qui positionne la Côte d’Ivoire au cœur de la riposte sanitaire régionale.
Si la Côte d’Ivoire s’est dotée dès 2019 d’une Plateforme nationale « Une Seule Santé » pour coordonner la prévention et la riposte face aux zoonoses et menaces émergentes, l’absence d’un cadre universitaire national dédié à la formation de la relève restait un maillon faible. Alors que le Sénégal, le Bénin, le Togo ou encore la Belgique disposent déjà de cursus structurés, l’atelier de validation du CEMV vient corriger cette asymétrie en s’inspirant des meilleures pratiques internationales et sous-régionales.
Une institution inter-Etats au profil naturellement intersectoriel
Le choix du CEMV pour abriter ce programme s’est imposé comme une évidence. Institution à vocation inter-Etats formant déjà aux niveaux médical, vétérinaire et agricole, le Centre possède dans son ADN l’intersectorialité indispensable à l’approche One Health.
Les travaux de l’atelier, articulés autour de la présentation de la maquette, du rapport d’évaluation des instances pédagogiques de l’UAO et d’une analyse comparative des Masters existants à l’international, ont permis d’affiner une offre pédagogique ancrée dans les besoins réels du marché de l’emploi.
Un cursus hybride tourné vers l’action et l’employabilité

Au cœur des débats, l’arbitrage entre un Master de recherche ou professionnel a abouti à un profil hybride pragmatique permettant de former des scientifiques de haut niveau immédiatement opérationnels. Recrutant des profils variés (biologistes, vétérinaires, médecins, agronomes, environnementalistes), le cursus délivrera des compétences très recherchées par les décideurs :
- Surveillance intégrée et modélisation prédictive des risques épidémiques sous contrainte climatique (SIG, télédétection….) ;
- Gouvernance multisectorielle et analyse coût-efficacité des interventions sanitaires ;
- Communication de crise et engagement communautaire pour le changement de comportement.
Le mode d’évaluation privilégiera l’acquisition de compétences pratiques, culminant avec un stage de terrain de six mois en immersion intersectorielle (recherche-action).
Un appel à l’engagement des décideurs politiques
Adossé à un solide réseau de partenaires, notamment le consortium Afrique One-REACH, le Centre Suisse de Recherches Scientifiques en Côte d’Ivoire (CSRS) et le projet PREPARE4VBD, et aligné sur les cinq piliers de la Quadripartite (OMS, FAO, OMSA, PNUE), ce Master garantit une insertion directe au sein des ministères techniques, des plateformes nationales One Health, des ONG et des agences internationales.
Les experts ont toutefois souligné un enjeu crucial, celui du modèle de financement. Pour pérenniser cet outil de souveraineté sanitaire, l’appui des décideurs politiques et des bailleurs (bourses d’études, subventions ministérielles, fonds dédiés à l’adaptation climatique) est indispensable. Investir aujourd’hui dans ce Master du CEMV, c’est doter nos Etats des compétences capables d’anticiper et de contenir les pandémies de demain.
L’initiative est co-financé par le Ministère de l’Enseignement Supérieur de Côte d’Ivoire, la Plateforme Une Seule Santé de Côte d’Ivoire et Afrique One à travers Science for Africa Foundation (SFA)